Affections de longue durée : ce que le « 100 % » ne rembourse pas, selon la Drees

Être reconnu en affection de longue durée, c’est être « remboursé à 100 % » par la Sécurité sociale. La formule rassure, mais elle est trompeuse. Une étude de la Drees publiée le 7 octobre 2026 (Études et Résultats n° 1388) chiffre pour la première fois sur dix ans le coût réel du dispositif. Elle montre aussi tout ce qu’il laisse de côté. Pour les assurés concernés, c’est justement là que la complémentaire santé garde un rôle central.

15 millions d’assurés et les deux tiers des dépenses remboursables #

D’après le service statistique des ministères sociaux, 15 millions de personnes bénéficient du dispositif ALD en 2025, soit 22 % des assurés de l’Assurance maladie obligatoire. Elles concentrent 67 % des 189 milliards d’euros de dépenses de santé remboursables. Par assuré, la dépense remboursable est sept fois plus élevée pour une personne en ALD que pour les autres.

L’âge explique en partie cet écart. En 2025, la tranche d’âge la plus représentée parmi les assurés en ALD est celle des 70-79 ans. Dix ans plus tôt, c’était celle des 60-69 ans. Le vieillissement de la population se lit donc directement dans les chiffres de l’Assurance maladie.

À lire Comment fonctionne le remboursement mutuelle : explication claire et précise

Six affections sur les trente de la liste regroupent l’essentiel des bénéficiaires :

  • le diabète, qui arrive en tête avec 4 millions de personnes, soit 27 % des assurés en ALD ;
  • le cancer, avec 2,8 millions de personnes ;
  • les affections psychiatriques de longue durée, avec 1,8 million de personnes ;
  • trois ALD cardiovasculaires (insuffisance cardiaque, maladie coronaire, artériopathie), qui totalisent 4,2 millions de personnes.

Un dispositif qui coûte 19,7 milliards d’euros #

La Drees évalue le coût du dispositif à 19,7 milliards d’euros en 2025. Cela représente en moyenne 1 300 euros par assuré en ALD. Sans lui, le taux de remboursement de la dépense remboursable baisserait de 10,4 points. Les cancers et le diabète pèsent chacun 3,8 milliards d’euros, les pathologies cardiovasculaires 3,9 milliards et les affections psychiatriques 1,1 milliard.

Les transports sanitaires représentent à eux seuls 7 % de ce coût, soit 1,4 milliard d’euros. Leur poids est pourtant de 3 % seulement dans l’ensemble des dépenses remboursables. La raison tient au niveau du ticket modérateur sur ce poste, qui atteint 45 % des dépenses remboursables en 2025, et au recours fréquent des patients chroniques aux ambulances et aux VSL. La Drees rappelle d’ailleurs que la hausse de dix points du ticket modérateur sur les transports, en août 2023, s’est répercutée mécaniquement sur le coût du dispositif.

En dix ans, ce coût a progressé de 72 % en euros courants, contre 40 % pour l’ensemble de la dépense courante de santé. L’arrivée de traitements innovants contre des maladies chroniques et l’allongement de la survie après un cancer pèsent dans cette hausse. Le dispositif explique à lui seul 44 % de la progression de la part publique des dépenses de santé entre 2015 et 2025.

« 100 % » ne veut pas dire zéro reste à charge #

C’est le passage de l’étude qui intéresse le plus les adhérents d’une mutuelle. L’exonération du ticket modérateur ne joue que pour les soins en lien avec l’affection reconnue. En 2025, cette part « en lien » atteint 71 % des dépenses remboursables des assurés en ALD, soit 90 milliards d’euros pris en charge intégralement par l’Assurance maladie. Le reste, soit près de trois euros sur dix, est remboursé aux taux habituels.

Cette proportion varie beaucoup selon les soins. Elle atteint 91 % pour les transports sanitaires, mais ne dépasse pas 12 à 13 % pour l’audiologie, l’optique médicale et les soins dentaires. Concrètement, une personne diabétique qui change de lunettes ou fait poser une couronne paie le ticket modérateur comme tout le monde, ou le fait payer par sa complémentaire.

Surtout, le dispositif ne couvre pas plusieurs frais, comme le souligne la publication complète de la Drees :

  • les dépassements d’honoraires des professionnels de santé ;
  • les dépassements de prix sur les dispositifs médicaux en liberté tarifaire ;
  • les franchises médicales et les participations forfaitaires, qui restent dues par les assurés en ALD ;
  • le forfait journalier hospitalier ;
  • les soins non remboursables, comme les séances de psychologue hors du dispositif « Mon soutien psy », les médicaments à service médical rendu insuffisant ou l’orthodontie après 16 ans.

Le poids de ces frais n’a rien de marginal. Les assurés en ALD supportent 30 % de l’ensemble des dépassements d’honoraires et 41 % du montant global des franchises et participations forfaitaires. Ils acquittent aussi 67 % des forfaits journaliers facturés à l’hôpital. Selon la Drees, ces sommes restent « à leur charge ou à celle de leur complémentaire santé ».

Pourquoi la complémentaire reste indispensable en ALD #

L’étude met en regard deux trajectoires opposées. Pour les assurés en ALD, le taux de remboursement de l’Assurance maladie, franchises comprises, est passé de 89,5 % en 2015 à 89,7 % en 2025. Pour les autres assurés, il a reculé de 3,4 points sur la même période, de 62,2 % à 58,9 %. Autrement dit, l’Assurance maladie concentre de plus en plus son effort sur les malades chroniques, tandis que la part laissée aux complémentaires sur les soins courants augmente.

Pour une personne en ALD, résilier sa mutuelle en comptant sur le « 100 % » est donc un pari risqué. Les hospitalisations, le forfait journalier et les dépassements d’honoraires des chirurgiens ou des anesthésistes en secteur 2 restent les postes à surveiller en priorité. Viennent ensuite l’optique, le dentaire et l’audition, très peu concernés par l’exonération.

Au moment de comparer les contrats, le niveau de prise en charge des dépassements d’honoraires à l’hôpital, exprimé en pourcentage de la base de remboursement, est le premier critère à regarder. Les garanties de transport et de chambre particulière comptent aussi, car elles servent souvent lors d’hospitalisations répétées.

Un dispositif au cœur des débats budgétaires #

Cette photographie arrive alors que le financement de la Sécurité sociale pour 2027 est en discussion au Parlement. Comme le relève JeChange dans son analyse de l’étude, le dispositif ALD est devenu le premier moteur de la prise en charge publique. Toute retouche de ses règles aurait donc des effets directs sur le reste à charge des malades chroniques, et sur les cotisations de leurs complémentaires.

Les données détaillées par pathologie et par poste de soins sont téléchargeables sur le site de la Drees, avec le code source de l’étude. C’est une ressource utile pour qui veut mesurer ce que son traitement coûte réellement, au-delà du simple « 100 % ».

Les Mutuelles Santé est édité de façon indépendante. Soutenez la rédaction en nous ajoutant dans vos favoris sur Google Actualités :

Dans la même rubrique : Remboursements Santé

En savoir plus : développeur full-stack freelance · forfaits de référencement Google